politiques qu'il a connus et des «paradoxes du pays organisateur»...
Est ce vrai que vous avez déjà écrit au moins seize ouvrages ?
Vous savez, on ne peut pas écrire si on ne lit pas, pour écrire, le secret c'est la lecture.
Lequel de vos livres s'est le mieux vendu ?
En tout cas, Les paradoxes du pays organisateur, en moins de deux semaines, nous envisageons déjà le deuxième tirage. Les chiffres nous les avons et moi je suis de ceux qui pensent qu'il faut éditer au Cameroun, car il y a beaucoup d'amateurs et il faut leur donner la chance de travailler. Quand vous publiez à l'extérieur, vous ne contrôlez absolument rien. Bientôt, nous serons à 5 000 exemplaires en deux semaines. C'est un chiffre fort, surtout quand on sait, comme le disait Mongo Béti que «les Camerounais ne lisent pas». Au delà de cela, Jacques Chevrier était là récemment, il disait également que les Français lisent de moins en moins. Il faut aussi dire que le livre coûte cher, celui-ci vous l'aurez à 10 000 francs CFA. Je peux me permettre de nuancer en disant que peut être il n' y avait pas des choses à leur goût.
La question rituelle: est ce que votre famille était aisée ?
Pas du tout ! Ma mère est une femme kaka de Batouri. Son village c'est Tikondi, région qui se trouve à une trentaine de kilomètres de Ndéléli. Elle n'a jamais été à l'école. Mon père lui, était technicien des eaux et forets ; je crois qu'il avait eu son C E P E c'est quelqu'un qui naît vers 1924, je suis son avant dernier enfant et le dernier puisque mon cadet est décédé. Je n'ai pas connu une enfance rose, mon père se battait beaucoup ce qui a un peu gêné c'est qu'il a eu cinq femmes et quand on n'est pas riche ce n'est pas évident... Mais nos mamans étaient braves. Vous savez selon mon expérience, dans la polygamie il faut surtout compter sur la femme.
Contrairement à votre mère, votre parcours académique, vous l'avez poussé assez loin.Il faut toujours aller plus loin que les parents. J'ai été un élève très brillant.
Quel est votre plus haut diplôme ?
Aujourd'hui, je suis en train de terminer mon doctorat d'Etat, ce qu'on appelle le PHD en communication politique. Je suis à la chaire Unesco à Kinshasa, mais à l'université à Yaoundé, j'ai obtenu une licence en Lettres modernes françaises. J'ai aussi trois diplômes de l'Esstic. J'ai fait partie de la première promotion des relations publiques à l'Esstic, je suis de la première promotion des inspecteurs de la documentation, je suis de la première promotion de la formation doctorale à l'Esstic où j'ai pu obtenir un troisième cycle en communication politique, option : socioéconomique et politique de la communication.
Certains ne sont pas d'accord avec l'âge que vous prétendez avoir. Quel âge avez-vous réellement ?
Je suis dans la génération 1970 et ce qui est intéressant ce n'est pas l'âge. Je n'ai fréquenté qu'au Cameroun, même étant à la Chaire: Unesco : vous savez qu'il y a une antenne au Cameroun, donc mes camarades de classe peuvent témoigner de l' âge que j'ai.
Avez-vous déjà entendu des rumeurs sur le fait que les diplômes que vous dites avoir ne sont en fait que ceux de votre frère, qui était professeur ?
Avant les diplômes, lorsque j'ai sorti mon premier livre: Paul Biya l'intégration sociopolitique des jeunes, on a dit que c'est le professeur Famé Ndongo qui l'avait écrit et que l'on a juste mis mon nom. Dans la société camerounaise, on dit beaucoup de choses, parfois, ceux qui parlent de vous ne vous connaissent même pas. Moi j'ai rencontré des gens qui disent qu'on était au lycée à Mbalmayo, pourtant, je n'ai jamais été là bas.
L'on a même ajouté que vous trichiez à l'école.
Tout genre de choses. Peut -être entendrez vous aussi que j'ai tué ou que j'ai volé. Comme le disait Habermas, l'espace public c'est l'espace de la délation, du dénigrement, surtout quand vous avez affaire à des gens qui ne vous connaissent pas ou qui vous envient.
Est il alors vrai que vous avez été mêlé à un scandale qui portait sur de la fausse monnaie ?
Cette information, c'est moi qui l'ai dite. Il se passe que mon discours, quand je crée le club éthique, les gens se disent que, comme j'appartiens au RDPC, je vais faire la langue de bois, mais à chaque fois, quand il y a une position à prendre, je la prends en mon âme et conscience. Avant l'histoire de faux billets, il y a l'histoire des listes des homosexuels, Monsieur Nana Payong qui est un ami que je respecte beaucoup, organise un débat à l'espace «Kaba ngondo» ; je m'y rends, car il y a un débat avec neuf intervenants tels que: Laurent Charles Boyomo Assala, Suzanne Kala Lobè, etc. Je prends la parole en huitième position ? car c'est un avocat qui devait clôturer pour parler de la dimension éthique de l'homosexualité. Moi, je condamne l'homosexualité. Je me rangeais du coté de la morale et de la raison rationnelle ? qui la condamne également. Sur la table, il y a des courageux et même des génies qui définissent l'homosexualité et vous amènent à penser que c'est la meilleure des choses, c'est la liberté. Moi, tout cela m'a scandalisé. Quand je parle, je commence mon propos par une anecdote, car étant Africain, je pense que l'anecdote donne un poids au récit. Je dis qu'il y a des choses dans ce pays qui ne peuvent que créditer des pratiques bizarres, j'ai aussi évoqué le fait que lorsque j'étais à la présidence ou depuis bientôt 10 ans je suis le chef... des jeunes que j'encadrais en très peu de temps sont tous passés à des postes supérieurs, à celui de directeur. Il n y a que des pratiques magico-mystiques et l'homosexualité pour justifier ce genre de promotion. Le lendemain, c'est le directeur des renseignements généraux qui m'avait invité. Je suis arrivé, il y a avait aussi Léopold Henri Meboé qui était là. Il me pose donc des questions: "Monsieur Atéba vous dites qu'il y a l'homosexualité à la présidence est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ? ". Un jour après, c'est au tour du ministre Ferdinand Oyono de m'appeler, pour me demander ce qui se passe je lui explique et le problème prend fin. Deux semaines plus tard, je reçois un coup de fil, celui que j'ai en ligne me dit qu'il est un de mes anciens camarades. Il me dit qu'il est capitaine ici et attaché militaire au Soudan...le numéro était codé. Moi, quand j'étais en LMF, de la première à la troisième année, j'étais délégué des étudiants. Ce qui fait que mes camarades pouvaient tous me connaître, mais moi pas du tout, car nous étions deux ou trois mille. Deux semaines après, la même personne m'appelle pour me dire de lui envoyer 13 millions. Je ne pouvais plus parce que j'étais endetté dans mon compte de 300 000f. Alors, je signale à un beau frère commissaire de police ce problème. J'imaginais que, puisque l'on parle de millions, c'est de la mafia. En fait, ce sont des gens dont mon discours menaçait les intérêts qui avaient monté une histoire pareille pour me compromette. Je l'ai su à travers d'autres collègues. A travers par exemple Biloa Ayissi, on l'apelle «commissaire X» et on lui dit de noter que Monsieur Atéba est arrêté car il a été surpris avec de la fausse monnaie. Au même moment, on a fait des SMS à plusieurs personnes pour passer cette fausse information.
Vous êtes chargé d'études assistant, au Ministère de la culture et l'on sait que souvent vous vous plaignez de votre salaire; estimez vous que vous etes sous payé ?
Oui, comme tous les fonctionnaires camerounais. Ce n'est pas un problème d'Atéba Yene si vous regardez la grille des salaires en Afrique, vous allez vous rendre compte que le Cameroun est parmi les salaires les plus bas.
Combien gagnez vous ?
Je le dis en toute sincérité. Quand je commençais à travailler dans la fonction publique, je gagnais 134 000f. Vous savez, dans la fonction publique, tous les deux ans il y a des échelons qui montent. Maintenant, je gagne 204 000F.
Vous êtes au ministère de la culture, une fois que le ministre Oyono est arrivé vous n'avez pas hésité à critiquer son mode de fonctionnement. Vous avez même écrit là-dessus. Pourquoi ?
Il y a même un livre que je vais publier sur le fonctionnement du ministère de la Culture. Lorsque j'arrive au ministère de la culture, le seul ministre que j'ai connu, ce n'est que Ferdinand Léopold Oyono.
Selon vous, a t-il mal géré le ministère ?
Ne me poussez pas à le dire ici !
Mais vous l'avez dit dans les journaux...
J'avais dit que le fonctionnement du ministère était bizarre, et c'est pour cela que notre ministère était parmi les derniers. On avait même parfois honte de se présenter comme fonctionnaire du ministère de la culture.
Avez-vous été marginalisé ?
Je ne pouvais être que marginalisé, puisque moi je ne fais pas les marchés. Je suis convaincu que je sais étudier les dossiers.
Etes vous plus à l'aise avec AMA Tutu Muna ?
Je ne peux pas dire oui, car on n'est pas à l'aise avec un ministre. Lorsqu'on vous donne du travail, vous le faites ; lorsqu'on ne vous en donne pas, vous ne faites pas. Sous Oyono, en neuf ans de service, j'ai étudié trois dossiers.
Est-ce à dire que depuis qu'Ama Tutu est là vous avez étudié plus de dossiers ? il est vrai que vous étiez dans la délégation du ministère de la culture à la dernière coupe d'Afrique...
Je remplis toutes les conditions, il ne faut pas que cela soit comme une faveur. Je suis fonctionnaire, comme tout le reste. Cela ne devrait pas être comme quelque chose que je ne mérite pas. Depuis qu'Ama Tutu est là, j'ai étudié une dizaine de dossiers. Pour revenir à ce voyage, c'est la toute première fois que je voyage pour le ministère de la culture en dix ans, et certains le prennent comme si j'avais décroché la lune. Par contre, en tant que fonctionnaire, ce sont parfois les voyages qui nous mettent à l'aise à travers les frais de mission. Au Ghana, nous avions une dimension culturelle très importante et nous avons apporté un grand soutien pour que nos lions arrivent où ils sont arrivés.
A quel moment vous vous intéressez à la politique Charles ?
Quand j'étais tout petit, mon père était président du comité de base de L'Unc, Rdpc. J'étais au collège, je voyais mon père faire, et puis, je me suis retrouvé là. Quand il y avait des réunions, j'apportais des chaises, l'on parlait et cela m'intéressait, et voilà tout.
A quel moment prenez vous une carte ?
Je prends une carte vers 1998 1999. Je crois aux idéaux du parti, et avant les idéaux, le Rdpc qui était un parti unique, c'était la seule chose qu'on faisait.
Permettez moi de faire une petite incursion sur votre livre: «Les paradoxes du pays organisateur» Est ce que vous êtes entré dans ce parti pour supporter votre frère de la province du Sud, Paul Biya ?
Je ne sais pas quoi vous dire. Mon père y était déjà. Quand vous faites quelque chose par ce que vous avez vu votre père le faire ...C'est par la suite que l'instinct politique se développe par des associations. Lorsque je suis au Lycée de Bertoua, beaucoup de mes camarades m'écoutent, je suis président du Club Anglais, à partir de la classe de Seconde. Quand j'arrive au Ces de Lolodorf, c'est la même chose, donc il y a déjà une dynamique qui se fait ressentir et cela me prépare à la vie politique. Pour dire la vérité la doctrine du RDPC (rigueur moralisation et justice sociale), mais avant cela, j'arrive là dedans de manière inconsciente.
Comment arrivez vous à jouer les premiers rôles au sein du mouvement des jeunes du Rdpc, très vite ?
Je vous ai dit qu'à l'université, j'ai été délégué des étudiants donc, partout où j'étais, j'ai été une identité remarquable par tous.
Qui vous a remarqué ?
IL se trouve qu'au sein du RDPC, il y aura quelque chose : le congrès de 1996 ouvre le Rdpc aux jeunes et aux femmes. Quand j'entre à l'Esstic avec le Bac, j'ai déjà une licence à l'université et je suis en maîtrise ce qui fait qu'à coté des étudiants venant de Terminale, il y a une très grande différence. Cela me facilitait beaucoup de choses
Qui est votre parrain ?
Dieu, c'est mon plus grand parrain. Lorsque j'entre au bureau national des jeunes on m'envoie à la communication, ce qui est tout à fait naturel puisque je suis communicateur et je dois d'ailleurs vous dire que je suis parmi les plus diplômés de l'Esstic de ma génération. Je suis triplement diplômé de L'Esstic. Ecoutez, il y a cinq domaines de la communication: Les relations publiques, la publicité, l'édition, le journalisme et la documentation, et je suis diplômé dans trois.
Vous avez donc été l'un des communicateurs audiovisuels du Rdpc, on l'a vu à la télévision nationale vous avez cessé d'exercer cette tâche car vous dites que vous n'avez pas été rémunéré. Combien étiez vous payé ?
J'étais très mal payé. J'avais 70 000f et je me souviens qu'une fois, nous avons fait sept mois sans salaire.
Qui prenait votre argent ?
Je ne sais pas, mais je sais que c'est Monsieur Mien zock qui était le directeur des organes de presse, c'est lui qui nous payait et c'est sa secrétaire qui me donnait sept billets de 10 000f. Je ne peux pas savoir qui prenait l'argent, mais j'ai vu certains en jouir. Nous, on a pris des risques par ce qu'à l'époque, même quand on appelait certains ministres pour parler du Rdpc ils refusaient. Donc, j'estime que je devais être bien payé.
Quelles sont vos relations avec Christophe Mien zock ?
Nous avons des relations humaines, mais ce n'est pas mon ami. Je l'ai trouvé très égoïste, car il voulait tout pour lui et le malheur pour les autres. Moi, j'ai la qualité d'exprimer ce que je pense, mais je vous dis que tous ceux qui sont passés par là, vous diront que Monsieur Mien zock voulait le bonheur pour lui et la mort pour les autres.
Vous revenez donc au devant de la scène, car vous etes très actif sur le plan littéraire: les paradoxes du pays organisateur... Charles que représente «le pays organisateur» ?
C'est une litote, figure grammaticale où la partie représente le tout ou le contraire. Le pays organisateur a deux sens: le sens propre ne me concerne pas, j'utilise dans le livre le sens figuré, qui est camerounais. Donc, le pays organisateur c'est le village, la région ou le département d'origine, du décideur en chef. Le plus souvent, les gens du pays organisateur ont un ensemble de facilités, ils sont arrogants et pensent que c'est leur «chose», par rapport aux autres qui viendraient du Nord, Ouest ou du Littoral.
Dans ce cas, puisque vous êtes du Sud, ceci veut dire que vous êtes du pays organisateur ?
Oui; ce n'est pas moi qui le dis, mais ce sont les autres qui me présentent ainsi. On ne sait pas que les gens du Sud souffrent, c'est bizarre, mais c'est vrai. Lorsque vous êtes du Sud, dans votre administration, vous êtes persécuté, lorsque vous êtes du Sud, quand vous devez vous rendre dans votre village, c'est indescriptible. Tout le contraire de ce qui est projeté. Par exemple, de 1960 à 1982, le Nord était le pays organisateur. Savez vous que la route Waza-Maltap était goudronnée avant la route Douala-Yaoundé ? Mais quelle idée d'aller mettre le goudron dans cet endroit ! Lorsqu'on va construire la Cimencam à Figuil, mais à l'époque les gens du Nord n'ont pas encore la culture de la maison en dur. Donc en toute logique, cette entreprise devait être construite dans la région du Littoral, Centre ou Sud où la population avait déjà la culture de la maison en dur. Le pays organisateur a toujours des avantages et des privilèges. Pour entrer à l'Emia ou l'Enam les ressortissants du Nord y entraient avec le BEPC parfois même le CEPE. J'ai fait une recherche sur les CV des ministres, de 1960 à aujourd'hui, je vous assure qu'il y a des parcours bizarres et, en majorité, ce sont les ressortissants du Nord. Sans compter qu'il y en a qui prenaient de l'argent dans les banques et ne remboursaient jamais. Il y a une loi du 24 Mars 1964 qui interdit dans ce pays le cumul des fonctions mais, à l'époque, Moussa Yaya Sarkifada cumulait les fonctions, même si aujourd'hui on peut critiquer le régime Biya pour la même chose.
Est-ce une époque que vous regrettez, vous voulez que ce soit pareille au Sud ?
Pourquoi pas ? En 1970, le professeur Augustin Kontchou Koumegnie soutient un mémoire de Dess à Lyon qui s'intitule: les remaniements ministériels au Cameroun, et il montre que pour promouvoir un ministre dans le contexte camerounais à partir de l'équilibre régional, c'est beaucoup d'exercice sur le plan mental. Donc vous ne pouvez pas diriger le Cameroun facilement sans tenir compte de ces équilibres là. L'un des politologues qui a étudié la société camerounaise c'est Michel Procès, et il disait que cela se faisait, car le président Ahidjo ne faisait confiance qu'à ses frères.
Quel est l'état infrastructurel de la province du Sud ?
L'abandon ! Le Sud, sur le plan infrastructurel et structurel, est abandonné. Allez y faire un tour. C'est insolite, mais c'est la vérité, sous le renouveau, le règne du président Biya, de 1982 à 2007. Ce livre a une période historique. J'ai pris toutes les précautions pour me faire entendre. En 25 ans, aucun projet d'envergure au Sud n'a pu aboutir. Je voudrais avoir un vis-à-vis qui me démontre le contraire. J'ai parlé du barrage hydroélectrique de Memve'ele, c'est une sorcellerie en ce moment ! Ce barrage aurait pu faire décoller la province du Sud ou toute la région de l'Afrique centrale. Je discutais il y a quelques jours avec le conseiller d'Ali Bongo, ce barrage aurait pu être d'une grande aide à la sous région .Mais où est il ?Le sanctuaire à gorilles de Mengame, qui a la plus grande concentration de gorilles de presque tout le monde entier, mais dans cette région les pachydermes cohabitent avec les gens.L'usine à gaz de Kribi et le Port en eau profonde, on en parle depuis 1980 .Est ce que c'est normal que le Sud soit la province la plus méprisée sous le régime du président Biya ?
Selon vos propres statistiques, on voit bien que le président Biya n'a pas oublié les ressortissants du Sud, au moins en ce qui concerne les postes de décision.
C'est la thèse que je défends ici dans ce livre, de la page 48 à la page 56 .Ma thèse est qu' une élite nombreuse n'entraîne pas forcément le développement de la localité. Or, c'est exactement le contraire qui est enseigné aux populations .Les élites n'apportent rien aux localités du Sud.
Ce n'est pas la faute du président Biya.
Non, pas du tout .Mais comment le savoir, si on ne l'explique pas ? Vous lirez dans ce livre que les gens du Sud pleurent le président Ahidjo.Vous savez le Sud a 42 directeurs adjoints de sociétés d'Etat et pas n'importe lesquelles .Le président Biya a géré le Cameroun avec ses frères du Sud mais le problème c'est que ces nommés, sur le plan du développement du terroir n'ont rien fait en termes d'eau, de ponts, de routes etc. Ils font davantage beaucoup de choses pour eux : ils construisent de belles maisons, des « cathédrales en plein désert ».Le problème c'est l'égoïsme .Charles Assalé disait qu'il y a un mauvais esprit du Sud qu'il faut dénoncer .Ce mauvais esprit voudrait que la concurrence soit la mort de l'autre, pourtant à l'Ouest, la concurrence c'est l'émulation, c'est-à-dire que si vous avez une maison de deux chambres, l'autre, pour vous montrer sa supériorité, construira une maison de six chambres pour faire mieux. Dans ce livre, je fais parler beaucoup de personnes du sud pour que l'on comprenne la psychologie de l'homme du Sud .C'est un livre que j'ai écrit avec beaucoup de froideur parce que, comme on dit, « qui aime bien châtie bien » .Je l'ai écrit pour que le président Biya comprenne aussi un autre son de cloche qui vient du Sud.
D'où exactement êtes vous originaire ?
Mon village c'est Bikoka, arrondissement de Lolodorf, département de l'Océan.
Vous dites qu'il y a le «bon Sud»: où est ce que ça se trouve ?
J'ai d'abord sorti une théorie, celle du « bon », du « moyen » et du « mauvais » Sud. Lorsque vous regardez le Sud, vous trompez lorsque vous pensez que tous les départements se valent. Le bon Sud, c'est le Dja et Lobo avec en prime les arrondissements de Zoétélé et de Meyome messala, en fonction du nombre de ministres et directeurs généraux vous pouvez compter. Après, on a le moyen Sud, c'est la Mvila, et le mauvais Sud, c'est l'Océan et la Vallée du Ntem.
On constate que vous êtes du mauvais Sud, est ce pour cela que vous vous plaignez ?
Tout le monde se plaint. Moi, je ne suis pas le plus pauvre du Sud. Je suis fonctionnaire de catégorie A, ma femme l'est aussi. Mais, ce n'est pas parce qu'il y a plus de ministres qu'il y a le développement dans le bon Sud. Que ce soit le bon le mauvais ou le moyen Sud, ils connaissent les mêmes problèmes ; c'est cela les paradoxes de l'étude. Je demande donc aux populations du Cameroun de demander le développement et non pas des nominations.
Dans le livre, vous dites que ceux qu'on incarcère le plus sont les gens du moyen Sud, donc la Mvila.
Avant l'arrestation d'Abah Abah, personne du Dja Elobo n'était en Prison. Mais il y a eu une évolution le neveu du président, Ossombo Bidjang a été interpellé il travaillait à la Sic... c'est un travail de sociologie politique.
Vous citez à la page 132 dans votre ouvrage, Joseph Owona et vous dites qu'il aurait tout fait pour empêcher l'ascension de Emmanuel Nguiamba Nloutsiri et Adolphe Minkoa She. Pensez-vous que Joseph Owona, originaire du mauvais Sud, qui a été secrétaire à la présidence, Ministre de la santé et par la suite de l'éducation nationale, a joué un rôle si négatif que cela ?
Pour moi, il le sait puisque nous en avons souvent parlé lui et moi. Il devait organiser une coupe (tournoi de football) dans mon village, je suis allé dire aux jeunes de mon village de ne pas y prendre part. Pour moi, il n'a pas été utile pour le développement du département de l'Océan et pour la province du Sud. Je ne parle pas à la place de Minkoa She c'est lui qui parle et moi j'ai juste transcrit.
Est-ce que Nguiamba Nloutsiri vous l'a aussi dit de cette manière, car il prétend que c'est faux ce que vous dites...
Je ne voudrais pas faire une quelconque polémique avec lui, qui est un parent mais je refuse systématiquement qu'il n'assume pas ses propos. Heureusement, que des gens appellent pour dire que ce que j'ai écrit, Nguiamba Nloutsiri le leur avait dit. J'assume ce que moi j'ai écrit...
C'est-à-dire que monsieur Nguiamba a été freiné par Joseph Owona, c'est cela qui est écrit.
Est-ce que Joseph Owona vous a appelé depuis que ce livre est sorti ?
Non, il ne peut pas m'appeler, car il ne m'a jamais appelé. Je me fais une très mauvaise image de lui. Il m'a fait aller chez lui quinze fois à pied, parce que je devais aller prendre la post face du livre sur le général Sémengué. C'est un homme qui m'a traumatisé: Pour ceux qui connaissent Yaoundé, moi j'habitais à Anguissa et lui à Nkomo. Chaque fois que j'arrivais chez lui ? un militaire venait me dire ce n'est pas prêt et je rentrais à pied j'étais un pauvre étudiant et je n'avais rien. Le jour où il me reçoit, il est dans son bureau ministériel, (il était ministre de l'éducation nationale) il me donne un texte illisible et je revenais donc lui dire que je ne pouvais lire le texte, il me faisait revenir chez lui et à chaque fois que je me plaignais pour l'argent de taxi, il se levait et commençait à se fouiller les poches, sans jamais me donner le moindre franc.
Est-ce que Monsieur Nguiamba a aidé les gens dans le Sud ?
Autant qu'il a pu. En tout cas, plus que Joseph Owona. Je crois que si les deux vont à un vote dans le Sud, Nguiamba peut gagner.
Vous revenez sur ce témoignage d'un jeune du Sud qui accable Samson Enam Enam, actuel secrétaire général l'assemblée nationale, du temps où ce dernier était ministre de l'administration territoriale. Ces jeunes sont donc allés le rencontrer pour lui poser le problème de certains frères du village qui avaient présenté le concours des gardiens de prison. Et il dit, je cite « ...Mais notre déception fut fulgurante car notre élite nous avait chassés par des propos moqueurs ... »
Depuis que je suis étudiant, je n'ai jamais fait partie d'une association des ressortissants du Sud, par ce que dès que vous créez une association, pendant les élections, vous êtes à la solde des gens, vous êtes téléguidé, ce que vous faites n'a pas de sens pour eux.En dehors de la période électorale, vos problèmes restent vos problèmes. Par contre, les élites au Grand Nord payent la scolarité aux jeunes du grand Nord.
Si ce sont les élites du Sud qui font problème, il faut dire que la première élite du Sud c'est le président Biya: où se trouve, selon vous, son degré de responsabilité à ce niveau ?
Peut être qu'il ne suit pas véritablement les problèmes de développement de sa province. Il se contente des comptes rendus qu'on lui donne et qui sont à 80°/° des comptes rendus du politiquement correct, qui n'ont rien a voir avec la réalité. Il y a un Monsieur Engoto, qui dit que pour nommer les gens au Nord, le président Ahidjo consultait les lamidos, mais au Sud le président nomme qui il veut. D'ailleurs, je vais vous lire un extrait...
Ne trouvez vous pas qu'il est un peu dangereux de réfléchir en terme de développement par village, au lieu de réfléchir sur le développement du Cameroun entier ?
Le Cameroun a ses spécificités. En 1985 quand il faut définir l'identité culturelle camerounaise, alors les génies comme Engelbert Mveng cherchent et, à la fin on décide que l'identité culturelle camerounaise est la somme des petites identités régionales. C'est pour dire que, vous n'avez pas de Cameroun développé si vous n'avez pas les indices et la culture du développement. Si j'avais fait ce travail au Nord ou à l'Ouest, je me serais beaucoup trompé. Ce travail est attrayant par ce que je suis du Sud. Toutes les élites que j'ai citées me connaissent et je les connais.
Quand vous rencontrez toutes ces élites du Nord, du Sud, etc, quelle différence y a t-il entre elles ?
Au Sud, les élites croient qu'elles sont plus importantes et plus intelligentes car, comment devient- on élite au Sud ? Eh bien, tout simplement par le décret et par l'argent. Pourtant à l'Ouest par exemple, les gens ne comptent pas trop sur le pouvoir. Au Nord, les gens sont riches en fonction de leurs troupeaux de b½ufs.
Et à l'Est ?
L'Est, c'est déjà le Sud, donc, c'est exactement la même mentalité.
Vous dites, enfin, qu'il y a un mal être des populations dans le Sud, Est-ce que vous pensez que ce mal être et la trop grande richesse de l'élite, peuvent avoir un impact sur le futur du Cameroun?
Forcément ! L'impact c'est le déséquilibre et l'affrontement, parce que Jean Marc Ela a publié un livre très intéressant: L'irruption des pauvres. Ce qui va se passer plus tard, c'est que les pauvres n'accepteront pas. Ainsi des maisons et des plantations seront pillées, sans parler des terrains. La plupart des problèmes qui se posent au Sud aujourd'hui sont des problèmes fonciers. Certaines personnes ont acheté des hectares de terrain à 200 000F. Or, quand la nouvelle génération va se rendre compte de cela, ce sera l'affrontement. De plus le ministre des affaires et des domaines fonciers était au Sud il y a quelques temps. Aujourd'hui, quelques élites sont propriétaires de tous les terrains et la base crie.
Monsieur Ateba Eyene, un dernier mot sur ce livre ?
Je vais tout simplement dire que j'ai voulu que ce livre soit comme le deuil chez les Bamilékés. C'est à dire, si Jean meurt, tout le monde pleure, mais on pense qu'ils pleurent tous Jean or, certains pleurent Jérémy, d'autres Paul, etc. Ainsi, je pense qu'avec ce livre, chacun pleurera sa région, son élite, peut être même le Cameroun. Je pense que c'est ce que j'ai fait et le livre Les paradoxes du pays organisateur reste disponible à tous.
YAOUNDE - 06 JUIL. 2009
© Thierry Ngogang, Le Jour